Dossier · Réglementation
ZNT : la distance légale entre un champ pulvérisé et votre maison
En l’absence de distance spécifique fixée par l’autorisation de mise sur le marché (AMM), un agriculteur doit laisser 5, 10 ou 20 mètres entre la zone qu’il pulvérise et votre habitation, selon la culture et le produit. Ces distances de sécurité « riverains » sont obligatoires depuis le 1ᵉʳ janvier 2020 — mais certaines peuvent être réduites jusqu’à 3 mètres.
Vérifié et mis à jour le 11 août 20266 min de lectureLa rédaction de Mitoyens
Réponse courte
Quelle distance doit séparer un champ traité d’une habitation ?
La distance fixée par l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du produit prévaut. À défaut : 5 mètres pour les cultures basses et 10 mètres pour la vigne, les arbres fruitiers et les cultures hautes. Elle passe à 10 ou 20 mètres incompressibles pour certains produits préoccupants. Les distances générales de 5 et 10 mètres peuvent descendre jusqu’à 3 mètres avec un matériel anti-dérive homologué, dans le cadre d’une charte approuvée après concertation. 145
I · La règle
De quoi dépend la distance : 5, 10 ou 20 mètres ?
La distance inscrite dans l’AMM du produit prévaut toujours. Lorsqu’elle n’en fixe pas, le plancher réglementaire dépend de la culture (vigne et arbres fruitiers d’un côté, céréales et légumes de l’autre) et des mentions de danger du produit. Quatre planchers coexistent. 1
Distances minimales en vigueur
- 20 m — incompressible
- Produits portant l’une des mentions de danger listées à l’article 14-1 — notamment les CMR de catégorie 1 — ou contenant une substance active identifiée comme perturbateur endocrinien. Cette distance réglementaire ne peut pas être réduite par charte.
- 10 m — incompressible
- Produits dont une substance est seulement suspectée CMR (catégorie 2) et dont l’usage figure à l’annexe 5 de l’arrêté du 4 mai 2017. Ajoutée en 2023 après une condamnation de l’État.
- 10 m — cultures hautes
- Arboriculture, viticulture, houblon et cultures de plus de 50 cm. Réductible sous conditions (voir plus bas).
- 5 m — cultures basses
- Céréales, légumes et autres cultures basses. Réductible sous conditions.
Le dispositif est entré en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2020 (décret n° 2019-1500 et arrêté du 27 décembre 2019). 32 Après l’annulation partielle de ces textes par le Conseil d’État, le régime applicable repose désormais sur l’arrêté du 25 janvier 2022, qui modifie l’arrêté socle du 4 mai 2017 ; le décret n° 2022-62, lui, encadre les chartes d’engagement départementales. 4 La distance incompressible de 10 mètres pour les produits suspectés CMR a été ajoutée par l’arrêté du 14 février 2023. 5
II · L’exception
Comment la distance peut-elle descendre à 3 mètres ?
Les distances générales de 5 et 10 mètres prévues par l’article 14-2 ne sont pas figées. Elles peuvent être réduites avec un matériel anti-dérive homologué, dans le cadre d’une charte d’engagement départementale approuvée par le préfet après concertation publique. Une distance propre à l’AMM, la distance de 20 mètres de l’article 14-1 et celle de 10 mètres de l’article 14-1-1 ne sont pas adaptables par cette voie. 14
- Cultures basses (céréales, légumes) : de 5 m à 3 m, avec un matériel réduisant la dérive d’au moins 66 %.
- Arboriculture et vergers : de 10 m à 5 m, avec un matériel réduisant la dérive d’au moins 66 %.
- Viticulture : de 10 m à 5 m avec un matériel réduisant la dérive d’au moins 66 %, puis jusqu’à 3 m avec une réduction d’au moins 90 %.
Les chartes départementales reposent sur l’article L. 253-8 du code rural : les exploitants y formalisent les mesures de protection et d’information des riverains, après concertation. 4 Pour savoir ce qui s’applique chez vous, c’est la charte de votre département qui fait foi — elle se consulte en préfecture ou auprès de la DRAAF (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt).
III · Lieux sensibles
Écoles, crèches et hôpitaux : un régime renforcé
Autour des lieux accueillant des personnes vulnérables — écoles, crèches, haltes-garderies, centres de loisirs, aires de jeux pour enfants, hôpitaux et cliniques, centres de santé, maisons de retraite (EHPAD), établissements pour personnes handicapées — des distances de sécurité s’appliquent aussi, en application de l’article L. 253-7-1 du code rural (arrêté du 4 mai 2017 modifié, notamment par les arrêtés du 25 janvier 2022 et du 14 février 2023). La distance est de 20 mètres incompressibles lorsque le produit contient une substance préoccupante. 14
Le préfet peut par ailleurs restreindre ou interdire l’usage des pesticides à proximité immédiate de ces lieux. Sur la fiche de votre commune, la section « écoles » indique les établissements scolaires situés à moins d’un kilomètre de parcelles cultivées.
IV · En cas de manquement
Que risque un agriculteur qui ne respecte pas la distance ?
Utiliser un produit phytopharmaceutique sans en respecter les conditions d’emploi — dont les distances de sécurité — est un délit puni de six mois d’emprisonnement et 150 000 € d’amende. Le montant de l’amende peut être porté jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel moyen de l’exploitation. Base légale : article L. 253-17 du code rural et de la pêche maritime. 8
Constater une dérive est cependant difficile : il faut un témoignage, des photos datées ou des prélèvements rapides. En cas d’épandage trop proche, on peut alerter la mairie, la gendarmerie, et, en cas de symptômes, l’Agence régionale de santé (ARS).
V · Le débat
Pourquoi ces distances sont contestées
Le dispositif a été attaqué dès sa publication. Le Conseil d’État a annulé partiellement les textes de 2019 par sa décision du 26 juillet 2021, jugeant les distances insuffisantes au regard du principe de précaution, et a enjoint à l’État de les compléter. 6 L’exécution ayant été jugée incomplète, une seconde décision du 22 décembre 2022 a de nouveau condamné l’État, sous astreinte de 500 € par jour. 7 C’est ce qui a conduit à l’ajout de la distance incompressible de 10 mètres en 2023.
Pour les associations requérantes (notamment Générations Futures, France Nature Environnement, UFC-Que Choisir), la possibilité de réduire les distances jusqu’à 3 mètres par charte reste un point de friction majeur. 9
Sources
- 01Ministère de l’Agriculture — Distances de sécurité pour les traitements phytopharmaceutiques à proximité des habitations (2025-08-29)consultée le 4 juin 2026
- 02Légifrance — Arrêté du 27 décembre 2019 relatif aux mesures de protection des personnes lors de l’utilisation de produits phytopharmaceutiques (2019-12-27)consultée le 4 juin 2026
- 03Légifrance — Décret n° 2019-1500 du 27 décembre 2019 (chartes d’engagement départementales) (2019-12-27)consultée le 4 juin 2026
- 04Légifrance — Arrêté du 25 janvier 2022 relatif aux mesures de protection des personnes (2022-01-25)consultée le 4 juin 2026
- 05Légifrance — Arrêté du 14 février 2023 (distance incompressible de 10 m pour certains produits CMR de catégorie 2) (2023-02-14)consultée le 4 juin 2026
- 06Conseil d’État — Décision n° 437815 du 26 juillet 2021 (2021-07-26)consultée le 4 juin 2026
- 07Conseil d’État — Décision n° 462352 du 22 décembre 2022 (2022-12-22)consultée le 4 juin 2026
- 08Légifrance — Article L. 253-17 du code rural et de la pêche maritimeconsultée le 4 juin 2026
- 09Vie-publique.fr (DILA) — Pesticides : le Conseil d’État exige de mieux protéger les habitationsconsultée le 4 juin 2026