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Dossier · Pratique

Comment savoir quels pesticides sont utilisés près de chez moi ?

Chaque agriculteur consigne ses traitements dans un registre (produit, dose, date, parcelle) qu’il conserve au moins cinq ans. Ce document reste chez lui et n’est en principe pas transmis à l’administration.

Vérifié et mis à jour le 10 septembre 2026 · 7 min de lecture · Mitoyens

Sommaire

Peut-on savoir exactement quels pesticides sont épandus près de chez soi ?

Pas exactement : le registre de traitements de chaque exploitation n’est généralement pas public. On peut toutefois croiser les achats déclarés dans la BNVD (base nationale des ventes de produits phytopharmaceutiques), les cultures présentes, des modèles communaux et les mesures disponibles dans l’air ou l’eau. Ces sources donnent des indices territoriaux, mais aucune ne prouve qu’une substance précise a été épandue sur le champ voisin. 34

Pourquoi on ne peut pas savoir « à la parcelle »

Chaque agriculteur tient un registre des traitements (produit, dose, date, parcelle) qu’il doit conserver au moins cinq ans. Mais ce document est détenu par l’exploitant et n’est, en principe, pas transmis à l’administration : il n’existe donc pas de copie publique que vous pourriez réclamer de plein droit. Quand l’administration détient des éléments d’usage (contrôles, inspections), ceux-ci peuvent en revanche être communiqués au titre de l’information environnementale, hors données de traçabilité. 3

On travaille donc avec trois familles de données, à ne pas confondre :

Les achats
ce qui a été vendu aux exploitants, à l’échelle du code postal ou du département. Pas le lieu ni la date d’épandage.
La modélisation
une estimation de l’intensité d’usage par commune, calculée à partir des cultures présentes. Une moyenne, pas un relevé.
Les mesures
des concentrations réellement relevées dans l’eau ou l’air, mais seulement à l’emplacement des stations de surveillance.

Comment interpréter les données BNVD ?

La Banque nationale des ventes de produits phytopharmaceutiques (BNVD), gérée par l’Office français de la biodiversité, recense les quantités vendues, déclarées par les distributeurs. Les données sont publiques à l’échelle du code postal de l’acheteur et couvrent chaque année depuis 2013, en accès libre sur data.gouv.fr. 4

L’association Générations Futures en propose une lecture cartographique grand public, Géophyto, par département et code postal. 5 Mitoyens s’appuie aussi sur la BNVD : la fiche de votre commune affiche les tonnages achetés et le palmarès des substances pour votre code postal.

Ce qui est estimé pour votre commune

La carte Adonis de Solagro (campagne « Tous exposés ») estime, commune par commune, une intensité d’usage des pesticides : elle croise les cultures de la commune (issues du registre parcellaire) avec des indices de fréquence de traitement de référence. 6 C’est une modélisation, pas une mesure de terrain.

Mitoyens utilise un autre indicateur, l’indice d’exposition de Rigal & Perrot (Scientific Data, 2025), qui combine trois pressions : les pesticides dans l’air, dans les eaux de surface, et l’intensité de traitement agricole, estimée à partir des ventes (quantités vendues rapportées à l’efficacité et à la surface agricole). Les deux approches se recoupent fortement et se complètent.

Ce qui est réellement mesuré dans l’eau et l’air

Dans l’eau : le réseau Naïades surveille les pesticides dans les cours d’eau ; les données sont accessibles station par station (portail Naïades, API Hub’Eau). 7 La fiche de votre commune rattache la station la plus proche et compte les dépassements de seuils.

Dans l’air : Atmo France et les associations régionales de surveillance mesurent les pesticides atmosphériques ; les résultats sont publiés en open data (PhytAtmo). 8 Le maillage reste toutefois lâche et souvent en « situation de fond », c’est-à-dire à l’écart des sources, là où l’on mesure le bruit de fond régional plutôt que l’influence directe d’une parcelle.

Que faire si un épandage vous expose ?

  • Symptômes après un épandage : appelez le 15 en cas d’urgence vitale ; sinon, contactez un centre antipoison, notamment via ORFILA au 01 45 42 59 59, et consultez un médecin. Signalez ensuite l’événement à l’ARS ; plusieurs régions disposent de « Phytosignal ». 1
  • Non-respect manifeste des distances : prévenez la mairie et la gendarmerie, et documentez (photos datées).
  • Contrôle de l’usage des produits : la DRAAF (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt) / service régional de l’alimentation est l’autorité compétente.
  • Mortalité anormale d’abeilles ou d’animaux : la direction départementale de la protection des populations (DDPP).

Quelqu’un de votre entourage se pose la même question ?

Sources

  1. 01Ineris — Numéro ORFILA — orientation vers les centres antipoisonconsultée le 10 septembre 2026
  2. 02OFB / Eaufrance — BNV-D — ventes et achats, périmètres géographiquesconsultée le 10 septembre 2026
  3. 03CADA — Avis n° 20231043 — communication d’un registre de traitements phytosanitaires (2023-03-30)consultée le 4 juin 2026
  4. 04OFB / Eaufrance — BNVD — ventes de produits phytopharmaceutiques (données ouvertes) (2025-06-13)consultée le 4 juin 2026
  5. 05Générations Futures — Géophyto — carte des achats de substances pesticides (2025)consultée le 4 juin 2026
  6. 06Solagro — Carte Adonis — exposition aux pesticides par commune (2024-11-19)consultée le 4 juin 2026
  7. 07Eaufrance / OFB — Naïades — qualité des eaux de surface (pesticides)consultée le 4 juin 2026
  8. 08Atmo France — PhytAtmo — pesticides dans l’air (open data) (2023)consultée le 4 juin 2026
  9. 09Ministère de la Santé — À qui s’adresser en cas d’effets indésirables liés aux pesticidesconsultée le 4 juin 2026