Dossier · Vos droits
Épandage de pesticides : vos recours de riverain, étape par étape
Un signalement à la DRAAF ne déclenche pas systématiquement un contrôle, et un maire ne peut pas réglementer l’usage des pesticides sur sa commune. Les démarches vont de la vérification des règles jusqu’au juge civil.
Vérifié et mis à jour le 10 septembre 2026 · 8 min de lecture · Mitoyens
Sommaire
Que faire si un agriculteur épand des pesticides trop près de chez vous ?
Vérifiez d’abord les règles : pas de pulvérisation au-delà d’un vent de force 3 Beaufort 2, distances de sécurité de 5 à 20 mètres, réductibles à 3 mètres sous conditions 3, information préalable selon la charte départementale Charte d’engagement Document signé par les organisations agricoles d’un département qui autorise, sous conditions, la réduction des distances ZNT riverains. Source : Ministère de l’Agriculture — Mesures de protection des riverains Voir la définition complète 5. En cas de manquement, signalez via la téléprocédure nationale 11 : épandre sans respecter les conditions d’emploi du produit est un délit puni de six mois d’emprisonnement et 150 000 € d’amende 13. Au civil, le trouble anormal de voisinage reste ouvert. 1921
Quelles règles un agriculteur doit-il respecter en épandant ?
Avant tout recours, il faut savoir ce qui est réellement interdit. Quatre familles de règles protègent le voisinage d’une parcelle traitée.
Ce que dit la réglementation
- Vent : force 3 maximum
- La pulvérisation et le poudrage sont interdits dès que le vent dépasse le degré 3 sur l’échelle de Beaufort (environ 12 à 19 km/h), apprécié sur le lieu du traitement. Article 2 de l’arrêté du 4 mai 2017.
- Distances « riverains » : 5 à 20 m, réductibles à 3 m
- Entre la zone traitée et les habitations : 20 m incompressibles pour les produits les plus dangereux, 10 m ou 5 m selon la culture, réductibles jusqu’à 3 m sous conditions. Le détail est dans notre dossier sur les zones de non-traitement (ZNT) ZNT L’AMM du produit prévaut. À défaut : 5 ou 10 m selon la culture, 10 ou 20 m incompressibles pour certains produits préoccupants. Source : Ministère de l’Agriculture — Distances de sécurité phytopharmaceutiques Voir la définition complète .
- 10 m incompressibles pour certains usages de produits CMR 2
- En l’absence de distance spécifique fixée par l’AMM AMM (autorisation de mise sur le marché) Autorisation délivrée par l’Anses pour un produit. Elle fixe ses usages légaux et, s’il y a lieu, la distance à tenir des habitations. Source : Anses — E-Phy, registre des produits phytopharmaceutiques autorisés Voir la définition complète , les usages de produits CMR CMR Substances cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques : 1A avérées, 1B présumées, 2 suspectées. Certains produits imposent 10 ou 20 m. Source : INRS — Agents chimiques CMR Voir la définition complète 2 visés à l’annexe V de l’arrêté du 4 mai 2017 relèvent de 10 m incompressibles. Cette règle ne s’étend pas automatiquement à tous les produits CMR 2. 4
- Points d’eau : 5 m minimum
- Une zone non traitée d’au moins 5 m s’applique le long des points d’eau (cours d’eau, plans d’eau), portée à 20, 50 ou 100 m par certaines autorisations de produits.
Le seuil de vent et la zone non traitée aquatique figurent dans l’arrêté du 4 mai 2017, texte socle sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. 2 Les distances vis-à-vis des habitations sont résumées par le ministère de l’Agriculture 3 et détaillées dans notre dossier dédié ; la distance incompressible de 10 mètres pour les produits suspectés CMR date de l’arrêté du 14 février 2023. 4 Autour des lieux accueillant des personnes vulnérables (écoles, crèches, établissements de santé), un régime renforcé s’applique en plus. 3
Devez-vous être prévenu avant un épandage ?
Oui. Les modalités dépendent de votre département. Depuis le décret n° 2022-62 du 25 janvier 2022, chaque charte départementale d’engagement doit obligatoirement prévoir « des modalités d’information des résidents et des personnes présentes préalables à l’utilisation des produits ». 56 Aucun délai de prévenance chiffré n’est fixé au niveau national : c’est la charte de votre département qui définit comment (et combien de temps avant) vous devez être informé.
La charte est consultable au recueil des actes administratifs et sur le site internet de la préfecture de votre département. 7 Elle doit aussi contenir les distances de sécurité applicables et des modalités de dialogue et de conciliation entre habitants et exploitants. C’est l’outil de première intention avant tout contentieux. 6
Sources de cet historique : décision du Conseil constitutionnel 8, décision du Conseil d’État de juillet 2021 9 et décision prononçant l’astreinte, en décembre 2022 10. C’est cette dernière qui a conduit à l’arrêté du 14 février 2023 sur les produits suspectés CMR. 4
À qui signaler un épandage non conforme ?
- La téléprocédure nationale de signalement « en rapport avec l’utilisation et/ou la détention de produits phytopharmaceutiques » (demarche.numerique.gouv.fr) : c’est le canal officiel, instruit par le service régional de l’alimentation (SRAL) de la DRAAF DRAAF (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt) Direction régionale du ministère de l’Agriculture. Son service de l’alimentation (SRAL) contrôle la vente et l’usage des pesticides. Source : DRAAF Centre-Val de Loire — Service régional de l’alimentation (SRAL) Voir la définition complète , la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt, l’autorité qui contrôle l’usage des pesticides. 11
- La gendarmerie ou la police en cas de flagrance (traitement en cours par grand vent, pulvérisation manifestement trop proche) : le non-respect des conditions d’utilisation est un délit, pas une simple incivilité. 13
- La mairie et l’Agence régionale de santé en parallèle, notamment si des personnes ont été incommodées.
Soyez réaliste sur la portée d’un signalement : la DRAAF prévient qu’il ne déclenche pas systématiquement un contrôle et qu’elle ne traite pas les litiges privés entre voisins. 12 Plus le signalement est précis (date, heure, parcelle, conditions de vent, photos), plus il est exploitable.
Ce que risque l’exploitant : utiliser un produit phytopharmaceutique en méconnaissance de ses conditions d’emploi est puni de six mois d’emprisonnement et 150 000 € d’amende, montant qui peut être porté à 10 % du chiffre d’affaires annuel moyen de l’exploitation (article L. 253-17 du code rural). 13
Que faire en cas de symptômes après un épandage ?
En cas d’urgence vitale, appelez le 15. Sinon, contactez un centre antipoison : il en existe huit en France (Angers, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Paris, Toulouse), joignables 24 h/24. 14 Le 01 45 42 59 59 (ORFILA) oriente aussi les appels vers un centre antipoison selon la localisation de l’appelant. 1 Consultez un médecin et demandez un certificat décrivant les symptômes constatés.
Signalez ensuite l’événement : le dispositif de phytopharmacovigilance de l’Anses est ouvert à « toute personne », riverains compris, via le portail signalement-sante.gouv.fr. 15 Le numéro vert Phyt’attitude de la Mutualité sociale agricole (MSA), lui, est réservé aux intoxications en situation de travail agricole : les riverains doivent passer par un autre canal. 16
Le périmètre exact du fonds est fixé aux articles L. 491-1 et suivants du code de la sécurité sociale. 17 En 2025, il a reçu 1 044 demandes, un record : plus de 8 sur 10 venaient d’assurés du régime agricole, et 20 concernaient des enfants exposés avant la naissance. 18
Peut-on agir en justice contre un agriculteur ?
Oui, par deux voies civiles qui n’exigent pas d’attendre l’issue d’un éventuel volet pénal. La première est le trouble anormal de voisinage, désormais codifié : l’article 1253 du code civil pose une responsabilité de plein droit quand le trouble excède les inconvénients normaux de voisinage. 19 Attention à l’exception d’antériorité : l’exploitant échappe à cette responsabilité si l’activité existait avant votre installation, respecte la réglementation et s’est poursuivie sans modification substantielle. Un régime spécifique aux activités agricoles, prévu à l’article L. 311-1-1 du code rural, admet même la mise en conformité réglementaire ou l’évolution sans « modification substantielle de nature ou d’intensité ». 20
La seconde voie est la responsabilité pour faute (article 1240 du code civil) : la violation d’une prescription (pulvérisation par vent supérieur à force 3, distance de sécurité ignorée) constitue une faute ouvrant droit à réparation du préjudice qu’elle cause. 21 Cette voie échappe à l’exception d’antériorité : être arrivé après l’exploitation ne prive jamais d’agir contre une pratique illégale.
Sur la preuve des produits réellement utilisés : tout utilisateur professionnel doit tenir un registre de ses traitements (article 67 du règlement (CE) n° 1107/2009), conservé cinq ans en France au titre de l’arrêté du 16 juin 2009. Mais le Conseil d’État a jugé en mars 2026 que l’administration n’est tenue de communiquer que les registres qu’elle détient effectivement (ceux recueillis lors d’un contrôle), sans avoir à aller les chercher chez l’exploitant. 22 L’accès direct du riverain au cahier d’épandage de son voisin n’existe donc pas en pratique.
Ce que le droit ne permet pas (encore)
Ne comptez pas sur votre maire : la police des produits phytopharmaceutiques est une police spéciale confiée à l’État, et le Conseil d’État a jugé qu’un maire ne peut pas réglementer leur utilisation sur sa commune, même au nom de circonstances locales (décision Commune d’Arcueil du 31 décembre 2020). 23 Sur ce fondement, les arrêtés municipaux « anti-pesticides » portés devant le juge administratif ont jusqu’ici été annulés.
Pour situer votre propre exposition avant d’engager quoi que ce soit, la fiche de votre commune montre les parcelles cultivées autour de chez vous, les cultures déclarées et l’indice d’exposition local.
Sources
- Ineris — Numéro ORFILA — orientation vers les centres antipoisonconsultée le 10 septembre 2026
- Légifrance — Arrêté du 4 mai 2017 relatif à la mise sur le marché et à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques (version consolidée) (2017-05-04)consultée le 12 juin 2026
- Ministère de l’Agriculture — Distances de sécurité pour les traitements phytopharmaceutiques à proximité des habitations (2025-08-29)consultée le 12 juin 2026
- Légifrance — Arrêté du 14 février 2023 (distance incompressible de 10 m pour certains produits CMR de catégorie 2) (2023-02-14)consultée le 12 juin 2026
- Légifrance — Décret n° 2022-62 du 25 janvier 2022 relatif aux mesures de protection des personnes (chartes d’engagement) (2022-01-25)consultée le 12 juin 2026
- Légifrance — Article D. 253-46-1-2 du code rural (contenu des chartes d’engagement)consultée le 12 juin 2026
- Légifrance — Article D. 253-46-1-5 du code rural (publication des chartes au RAA et sur le site de la préfecture)consultée le 12 juin 2026
- Conseil constitutionnel — Décision n° 2021-891 QPC du 19 mars 2021, Association Générations futures et autres (2021-03-19)consultée le 12 juin 2026
- Conseil d’État — Décision n° 437815 du 26 juillet 2021 (2021-07-26)consultée le 12 juin 2026
- Conseil d’État — Décision n° 462352 du 22 décembre 2022 (astreinte de 500 € par jour) (2022-12-22)consultée le 12 juin 2026
- demarche.numerique.gouv.fr — Signalement en rapport avec l’utilisation et/ou la détention de produits phytopharmaceutiquesconsultée le 12 juin 2026
- DRAAF Occitanie — Effectuer un signalement en rapport avec l’utilisation et/ou la détention de produits phytopharmaceutiques (2023-05-25)consultée le 12 juin 2026
- Légifrance — Article L. 253-17 du code rural et de la pêche maritime (sanctions pénales)consultée le 12 juin 2026
- Centres antipoison — Les huit centres antipoison français et leurs numéros d’urgenceconsultée le 12 juin 2026
- Anses — Signalement d’effets indésirables liés à l’utilisation de produits phytopharmaceutiquesconsultée le 12 juin 2026
- MSA — Phyt’attitude, le réseau de toxicovigilance des professionnels agricolesconsultée le 12 juin 2026
- Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides — Qui est concerné par le fonds d’indemnisation ?consultée le 12 juin 2026
- Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides — Rapport d’activité 2025 du FIVP (2026-09-03)consultée le 6 septembre 2026
- Légifrance — Article 1253 du code civil (trouble anormal de voisinage, loi n° 2024-346) (2024-04-15)consultée le 12 juin 2026
- Légifrance — Article L. 311-1-1 du code rural (régime du trouble de voisinage pour les activités agricoles) (2024-04-15)consultée le 12 juin 2026
- Légifrance — Article 1240 du code civil (responsabilité pour faute)consultée le 12 juin 2026
- Conseil d’État — Décision n° 509116 du 25 mars 2026 (communication des registres phytosanitaires détenus par l’administration) (2026-03-25)consultée le 12 juin 2026
- Conseil d’État — Décision n° 439253 du 31 décembre 2020, Commune d’Arcueil (2020-12-31)consultée le 12 juin 2026