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Dossier · Vos droits

Épandage de pesticides : vos recours de riverain, étape par étape

Un nuage de pulvérisation qui dérive jusqu’à votre jardin, un traitement par grand vent, aucune information préalable : que peut faire concrètement un riverain ? Les règles existent — vent, distances, chartes départementales — et leur violation est un délit. Ce dossier passe en revue les recours réels, de la vérification des règles jusqu’au tribunal, sans promettre plus que ce que le droit permet.

Vérifié et mis à jour le 12 juin 20268 min de lectureLa rédaction de Mitoyens

Réponse courte

Que faire si un agriculteur épand des pesticides trop près de chez vous ?

Vérifiez d’abord les règles : pas de pulvérisation au-delà d’un vent de force 3 Beaufort 1, distances de sécurité de 3 à 20 mètres 2, information préalable selon la charte de votre département 4. En cas de manquement, signalez via la téléprocédure nationale instruite par la DRAAF 10 — c’est un délit puni de six mois d’emprisonnement et 150 000 € d’amende 12. Au civil, le trouble anormal de voisinage et la faute restent ouverts. 1719

Faire circuler

I · Les règles

Quelles règles un agriculteur doit-il respecter en épandant ?

Avant tout recours, il faut savoir ce qui est réellement interdit. Quatre familles de règles protègent le voisinage d’une parcelle traitée.

Ce que dit la réglementation

Vent : force 3 maximum
La pulvérisation et le poudrage sont interdits dès que le vent dépasse le degré 3 sur l’échelle de Beaufort (environ 12 à 19 km/h), apprécié sur le lieu du traitement. Article 2 de l’arrêté du 4 mai 2017.
Distances « riverains » : 3 à 20 m
Entre la zone traitée et les habitations : 20 m incompressibles pour les produits les plus dangereux, 10 m ou 5 m selon la culture, réductibles jusqu’à 3 m sous conditions. Le détail est dans notre dossier ZNT.
10 m incompressibles pour les produits suspectés CMR
Depuis l’arrêté du 14 février 2023, les produits contenant une substance suspectée cancérogène, mutagène ou reprotoxique (CMR 2) sans distance fixée par leur autorisation doivent respecter 10 m, sans réduction possible.
Points d’eau : 5 m minimum
Une zone non traitée d’au moins 5 mètres s’applique le long des points d’eau (cours d’eau, plans d’eau), portée à 20, 50 ou 100 m par certaines autorisations de produits.

Le seuil de vent et la zone non traitée aquatique figurent dans l’arrêté du 4 mai 2017, texte socle sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. 1 Les distances vis-à-vis des habitations sont résumées par le ministère de l’Agriculture 2 et détaillées dans notre dossier dédié ; la distance incompressible de 10 m pour les produits suspectés CMR date de l’arrêté du 14 février 2023. 3 Autour des lieux accueillant des personnes vulnérables (écoles, crèches, établissements de santé), un régime renforcé s’applique en plus. 2

II · L’information

Devez-vous être prévenu avant un épandage ?

Oui — mais selon des modalités qui dépendent de votre département. Depuis le décret n° 2022-62 du 25 janvier 2022, chaque charte départementale d’engagement doit obligatoirement prévoir « des modalités d’information des résidents et des personnes présentes préalables à l’utilisation des produits ». 45 Aucun délai de prévenance chiffré n’est fixé au niveau national : c’est la charte de votre département qui définit comment (et combien de temps avant) vous devez être informé.

La charte est consultable au recueil des actes administratifs et sur le site internet de la préfecture de votre département. 6 Elle doit aussi contenir les distances de sécurité applicables et des modalités de dialogue et de conciliation entre habitants et exploitants — c’est l’outil de première intention avant tout contentieux. 5

Sources de cet historique : décision du Conseil constitutionnel 7, décision du Conseil d’État de juillet 2021 8 et décision sous astreinte de décembre 2022 9 — c’est cette dernière qui a conduit à l’arrêté du 14 février 2023 sur les produits suspectés CMR. 3

III · Le signalement

À qui signaler un épandage non conforme ?

  1. La téléprocédure nationale de signalement « en rapport avec l’utilisation et/ou la détention de produits phytopharmaceutiques » (demarche.numerique.gouv.fr) : c’est le canal officiel, instruit par le service régional de l’alimentation (SRAL) de la DRAAF, l’autorité qui contrôle l’usage des pesticides. 10
  2. La gendarmerie ou la police en cas de flagrance (traitement en cours par grand vent, pulvérisation manifestement trop proche) — le non-respect des conditions d’utilisation est un délit, pas une simple incivilité. 12
  3. La mairie et l’Agence régionale de santé en parallèle, notamment si des personnes ont été incommodées.

Soyez réaliste sur la portée d’un signalement : la DRAAF prévient qu’il ne déclenche pas systématiquement un contrôle et qu’elle ne traite pas les litiges privés entre voisins. 11 Plus le signalement est précis — date, heure, parcelle, conditions de vent, photos — plus il est exploitable.

Ce que risque l’exploitant : utiliser un produit phytopharmaceutique en méconnaissance de ses conditions d’emploi est puni de six mois d’emprisonnement et 150 000 € d’amende, montant qui peut être porté à 10 % du chiffre d’affaires annuel moyen de l’exploitation (article L. 253-17 du code rural). 12

IV · La santé

Que faire en cas de symptômes après un épandage ?

En cas d’urgence vitale, appelez le 15. Sinon, contactez un centre antipoison : il en existe huit en France (Angers, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Paris, Toulouse), joignables 24 h/24 — il n’existe pas de numéro unique national. 13 Consultez un médecin et demandez un certificat décrivant les symptômes constatés.

Signalez ensuite l’événement : le dispositif de phytopharmacovigilance de l’Anses est ouvert à « toute personne », riverains compris, via le portail signalement-sante.gouv.fr. 14 Le numéro vert Phyt’attitude de la MSA, lui, est réservé aux intoxications en situation de travail agricole — ce n’est pas le canal des riverains. 15

Le périmètre exact du fonds est fixé aux articles L. 491-1 et suivants du code de la sécurité sociale. 16

V · La justice

Peut-on agir en justice contre un agriculteur ?

Oui, par deux voies civiles qui n’exigent pas d’attendre l’issue d’un éventuel volet pénal. La première est le trouble anormal de voisinage, désormais codifié : l’article 1253 du code civil pose une responsabilité de plein droit quand le trouble excède les inconvénients normaux de voisinage. 17 Attention à l’exception d’antériorité : l’exploitant échappe à cette responsabilité si l’activité existait avant votre installation, respecte la réglementation et s’est poursuivie sans modification substantielle — un régime spécifique aux activités agricoles, prévu à l’article L. 311-1-1 du code rural, admet même la mise en conformité réglementaire ou l’évolution sans « modification substantielle de nature ou d’intensité ». 18

La seconde voie est la responsabilité pour faute (article 1240 du code civil) : la violation d’une prescription — pulvérisation par vent supérieur à force 3, distance de sécurité ignorée — constitue une faute ouvrant droit à réparation du préjudice qu’elle cause. 19 Cette voie échappe à l’exception d’antériorité : être arrivé après l’exploitation ne prive jamais d’agir contre une pratique illégale.

Sur la preuve des produits réellement utilisés : tout utilisateur professionnel doit tenir un registre de ses traitements (article 67 du règlement (CE) n° 1107/2009), conservé cinq ans en France. Mais le Conseil d’État a jugé en mars 2026 que l’administration n’est tenue de communiquer que les registres qu’elle détient effectivement — ceux recueillis lors d’un contrôle — pas d’aller les chercher chez l’exploitant. 20 L’accès direct du riverain au cahier d’épandage de son voisin n’existe donc pas en pratique.

VI · Les limites

Ce que le droit ne permet pas (encore)

Ne comptez pas sur votre maire : la police des produits phytopharmaceutiques est une police spéciale confiée à l’État, et le Conseil d’État a jugé qu’un maire ne peut pas réglementer leur utilisation sur sa commune, même au nom de circonstances locales (décision Commune d’Arcueil du 31 décembre 2020). 21 Les arrêtés municipaux « anti-pesticides » sont systématiquement annulés.

Pour situer votre propre exposition avant d’engager quoi que ce soit, la fiche de votre commune montre les parcelles cultivées autour de chez vous, les cultures déclarées et l’indice d’exposition local.

Sources

  1. 01Légifrance Arrêté du 4 mai 2017 relatif à la mise sur le marché et à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques (version consolidée) (2017-05-04)consultée le 12 juin 2026
  2. 02Ministère de l’Agriculture Distances de sécurité pour les traitements phytopharmaceutiques à proximité des habitations (2025-08-29)consultée le 12 juin 2026
  3. 03Légifrance Arrêté du 14 février 2023 (distance incompressible de 10 m pour certains produits CMR de catégorie 2) (2023-02-14)consultée le 12 juin 2026
  4. 04Légifrance Décret n° 2022-62 du 25 janvier 2022 relatif aux mesures de protection des personnes (chartes d’engagement) (2022-01-25)consultée le 12 juin 2026
  5. 05Légifrance Article D. 253-46-1-2 du code rural (contenu des chartes d’engagement)consultée le 12 juin 2026
  6. 06Légifrance Article D. 253-46-1-5 du code rural (publication des chartes au RAA et sur le site de la préfecture)consultée le 12 juin 2026
  7. 07Conseil constitutionnel Décision n° 2021-891 QPC du 19 mars 2021, Association Générations futures et autres (2021-03-19)consultée le 12 juin 2026
  8. 08Conseil d’État Décision n° 437815 du 26 juillet 2021 (2021-07-26)consultée le 12 juin 2026
  9. 09Conseil d’État Décision n° 462352 du 22 décembre 2022 (astreinte de 500 € par jour) (2022-12-22)consultée le 12 juin 2026
  10. 10demarche.numerique.gouv.fr Signalement en rapport avec l’utilisation et/ou la détention de produits phytopharmaceutiquesconsultée le 12 juin 2026
  11. 11DRAAF Occitanie Effectuer un signalement en rapport avec l’utilisation et/ou la détention de produits phytopharmaceutiques (2023-05-25)consultée le 12 juin 2026
  12. 12Légifrance Article L. 253-17 du code rural et de la pêche maritime (sanctions pénales)consultée le 12 juin 2026
  13. 13Centres antipoison Les huit centres antipoison français et leurs numéros d’urgenceconsultée le 12 juin 2026
  14. 14Anses Signalement d’effets indésirables liés à l’utilisation de produits phytopharmaceutiquesconsultée le 12 juin 2026
  15. 15MSA Phyt’attitude, le réseau de toxicovigilance des professionnels agricolesconsultée le 12 juin 2026
  16. 16Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides Qui est concerné par le fonds d’indemnisation ?consultée le 12 juin 2026
  17. 17Légifrance Article 1253 du code civil (trouble anormal de voisinage, loi n° 2024-346) (2024-04-15)consultée le 12 juin 2026
  18. 18Légifrance Article L. 311-1-1 du code rural (régime du trouble de voisinage pour les activités agricoles) (2024-04-15)consultée le 12 juin 2026
  19. 19Légifrance Article 1240 du code civil (responsabilité pour faute)consultée le 12 juin 2026
  20. 20Conseil d’État Décision n° 509116 du 25 mars 2026 (communication des registres phytosanitaires détenus par l’administration) (2026-03-25)consultée le 12 juin 2026
  21. 21Conseil d’État Décision n° 439253 du 31 décembre 2020, Commune d’Arcueil (2020-12-31)consultée le 12 juin 2026